
Pour le tennisman vétéran, la douleur n’est pas une fatalité liée à l’âge, mais le symptôme de déséquilibres biomécaniques spécifiques et souvent ignorés.
- Le matériel, notamment un cordage ou un grip inadapté, est une cause majeure de tennis elbow, avant même le geste technique.
- L’asymétrie musculaire inhérente au tennis doit être activement compensée par un renforcement ciblé du côté non-dominant.
Recommandation : Intégrez une routine de prophylaxie de 10 minutes et un retour au calme systématique pour transformer votre longévité sur le court. Il s’agit de jouer plus intelligemment, pas moins.
Passé 40 ans, chaque match de tennis peut laisser des traces. Une douleur lancinante au coude, une sensibilité au genou après une longue partie, une épaule qui tire le lendemain… Ces signaux sont trop souvent mis sur le compte de l’usure « normale » ou de la fatalité de l’âge. On vous a probablement conseillé de mieux vous échauffer, de vous étirer, ou le fameux « d’écouter votre corps ». Si ces conseils sont valables, ils ne s’attaquent qu’à la surface du problème et occultent la véritable cause des blessures chroniques chez le joueur expérimenté.
En tant que kinésithérapeute du sport spécialisé dans les sports de raquette, j’observe quotidiennement que la source de ces douleurs récurrentes n’est pas tant l’intensité du jeu que l’accumulation de micro-traumatismes dus à des déséquilibres cachés. Ces déséquilibres proviennent d’une combinaison de facteurs souvent négligés : un matériel qui n’absorbe plus les chocs pour vous, une asymétrie musculaire qui s’est creusée au fil des années, et des routines de récupération inexistantes. La clé n’est donc pas de ranger sa raquette, mais de décoder ces signaux pour construire une pratique durable.
Mais si la véritable clé n’était pas de jouer moins, mais de comprendre la biomécanique de votre corps de vétéran pour jouer plus intelligemment ? C’est ce que nous allons explorer. Cet article n’est pas une liste de conseils génériques. C’est une analyse, point par point, des véritables causes de l’usure et des stratégies concrètes pour y remédier. Nous allons déconstruire les mythes, identifier les vrais coupables – de votre cordage à votre routine post-match – et vous donner les outils pour préserver votre capital articulaire et prolonger votre plaisir sur les courts suisses.
Pour vous guider à travers cette approche préventive, nous aborderons les points essentiels qui vous permettront de reprendre le contrôle de votre corps et de votre jeu. Le sommaire ci-dessous détaille notre parcours pour une pratique du tennis saine et durable.
Sommaire : Prolonger sa carrière de tennisman amateur après 40 ans
- Pourquoi le tennis elbow est souvent dû à votre matériel et non à votre geste ?
- Comment corriger l’asymétrie musculaire typique du joueur de tennis ?
- Terre battue ou dur : quel impact réel sur l’usure du cartilage des genoux ?
- L’erreur de négliger le retour au calme qui accélère le vieillissement musculaire
- Quand consulter : douleur musculaire courbaturelle vs douleur pathologique
- Comment doser la reprise : du mur au court entier en 4 semaines
- Pourquoi serrer trop fort votre raquette réduit votre vitesse de frappe ?
- Routine prophylactique : 10 minutes par jour pour éviter l’épaule du tennisman
Pourquoi le tennis elbow est souvent dû à votre matériel et non à votre geste ?
L’épicondylite, ou « tennis elbow », est la hantise du joueur de tennis. On accuse souvent une mauvaise technique en revers, mais chez le joueur vétéran, la cause est fréquemment plus matérielle. Avec le temps, le corps perd de sa capacité à absorber les chocs. Si votre raquette ne prend pas le relais, ce sont vos tendons qui trinquent. Les vibrations générées par l’impact de la balle remontent le long du cadre et du cordage jusqu’à votre avant-bras, provoquant des micro-traumatismes répétés sur les tendons extenseurs du poignet, qui s’insèrent sur l’épicondyle du coude.
Le problème est que cette douleur est insidieuse et que le lien avec le matériel n’est pas toujours évident. Des études montrent qu’environ 1 joueur sur 3 développera un tennis elbow au cours de sa pratique, et un matériel inadapté est un facteur de risque majeur. Un cadre trop rigide ou un cordage trop tendu transmettent une onde de choc violente. Pour illustrer, même les professionnels ajustent leur tension au gramme près ; à titre d’exemple, le journal Le Temps rapporte que la tension de Roger Federer était de 25 kg sur les montants et 23,5 kg sur les travers, un équilibre précis pour allier contrôle et confort.
Pour un joueur amateur de plus de 40 ans, viser une tension plus basse et un matériel plus souple est une assurance vie pour son coude. Avant de remettre en cause des années de pratique technique, une analyse rigoureuse de votre équipement est la première étape, et la plus efficace, pour soulager et prévenir cette pathologie.
Votre plan d’action : vérifier le matériel pour préserver votre coude
- Analyser la rigidité du cadre : Cherchez l’indice de rigidité (RA) de votre raquette. Privilégiez une valeur inférieure à 65 RA pour un meilleur amorti des vibrations.
- Contrôler la tension du cordage : Demandez à votre cordeur de baisser la tension. Une fourchette de 20 à 22 kg est un excellent point de départ pour un joueur vétéran.
- Mesurer la taille du grip : Un manche trop petit ou trop grand force une contraction excessive et constante de l’avant-bras. Assurez-vous que vous pouvez glisser l’index de votre main opposée entre votre paume et le bout de vos doigts.
- Choisir le bon type de cordage : Abandonnez les monofilaments rigides au profit d’un cordage multifilament, beaucoup plus confortable et tolérant, qui absorbe une partie significative des chocs.
Comment corriger l’asymétrie musculaire typique du joueur de tennis ?
Le tennis est par nature un sport asymétrique. Pendant des années, votre côté dominant (celui qui tient la raquette) a été sur-sollicité, développant une force et une masse musculaire supérieures. En parallèle, votre côté non-dominant a été relégué à un rôle de stabilisateur. Ce déséquilibre compensatoire est une bombe à retardement. Après 40 ans, lorsque la capacité de récupération diminue, cette asymétrie devient une source majeure de blessures, non seulement au niveau de l’épaule et du dos, mais sur toute la chaîne cinétique.
Le corps cherche à compenser : une rotation du tronc excessive pour générer de la puissance peut entraîner des douleurs lombaires, tandis qu’un manque de force dans l’épaule non-dominante peut créer une instabilité qui se répercute sur le geste du service. Corriger cette asymétrie ne signifie pas devenir ambidextre, mais intégrer un travail de renforcement unilatéral pour rééquilibrer les forces. L’objectif est de s’assurer que le côté « faible » soit assez fort pour stabiliser le corps et assister le côté « fort ».
Comme le souligne la physiothérapeute et ancienne joueuse Marie-Claude Boisselle, une bonne préparation physique est cruciale. Selon ses recommandations publiées par l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, cela passe par une force et une endurance minimales des bras et une bonne amplitude articulaire. Cela implique de travailler spécifiquement le côté non-dominant pour qu’il ne soit plus un maillon faible.
Pour visualiser ce travail de compensation, l’image ci-dessous illustre le type d’exercice à intégrer dans votre routine. Il ne s’agit pas de soulever lourd, mais d’effectuer des mouvements contrôlés qui ciblent les muscles stabilisateurs.

Comme on peut le voir, les exercices avec élastiques ou poulies sont parfaits pour ce travail, car ils permettent une résistance constante et contrôlée sur toute l’amplitude du mouvement. Intégrer des exercices comme le tirage ou le lancer unilatéral avec le bras non-dominant deux fois par semaine peut faire une différence spectaculaire sur votre posture, votre puissance et surtout, votre longévité sans douleur.
Terre battue ou dur : quel impact réel sur l’usure du cartilage des genoux ?
En Suisse, nous avons la chance de pouvoir jouer sur une variété de surfaces, de la terre battue traditionnelle des clubs d’été au « Rebound Ace » de certains centres intérieurs. Pour le joueur de plus de 40 ans, le choix de la surface n’est pas qu’une question de vitesse de jeu ; c’est une décision stratégique pour la préservation du capital articulaire, notamment celui des genoux et des chevilles.
La surface dure (béton, résine) est rapide et offre des appuis francs. Cependant, elle est aussi la plus traumatisante. Chaque arrêt, chaque démarrage, chaque saut envoie une onde de choc directe dans les articulations portantes. Le cartilage des genoux, qui s’amincit naturellement avec l’âge, est mis à rude épreuve. À l’inverse, la terre battue, plus lente, permet des glissades contrôlées. Cette capacité à glisser n’est pas qu’un artifice stylistique : c’est un mécanisme d’amortissement naturel qui dissipe une grande partie de l’énergie de l’impact, soulageant ainsi les genoux et les hanches. Cependant, cette même instabilité augmente le risque d’entorses à la cheville si les muscles stabilisateurs ne sont pas prêts.
Comme le résume bien une analyse de CAREA, un centre de kinésithérapie sportive, chaque surface présente un profil de risque différent :
Le tennis peut s’effectuer sur différentes surfaces. Par exemple, une pratique sur sol dur engendre une contrainte élevée sur le tendon d’Achille. À l’inverse, jouer au tennis sur de la terre battue vous exposera davantage à l’entorse de la cheville.
– CAREA Kiné Sport Paris, Analyse des blessures au tennis
Pour le joueur vétéran soucieux de ses articulations, privilégier la terre battue est souvent une sage décision. Si le jeu sur dur est inévitable, le port de chaussures avec un excellent amorti et un travail de renforcement des quadriceps (pour stabiliser le genou) deviennent non-négociables. Le tableau suivant, basé sur les données de prévention du spécialiste Gibaud, synthétise les compromis à faire.
| Surface | Impact sur genoux | Risques principaux | Avantages |
|---|---|---|---|
| Terre battue | Faible | Entorses cheville | Glissade = amortissement naturel |
| Dur (béton) | Élevé | Tendinites, périostites | Rapidité de jeu |
| Gazon synthétique | Moyen | Torsions genou | Compromis confort/vitesse |
Cette analyse comparative, tirée d’une synthèse sur les blessures au tennis, montre clairement qu’il n’y a pas de surface parfaite, mais un choix à faire en fonction de ses propres fragilités.
L’erreur de négliger le retour au calme qui accélère le vieillissement musculaire
La partie est terminée, le score est final. Pour beaucoup de joueurs, la routine est la même : une poignée de main, on range la raquette et on file à la douche ou à la buvette du club. C’est peut-être l’erreur la plus coûteuse pour la longévité du tennisman vétéran. Sauter le retour au calme, c’est priver son corps du processus qui lui permet de passer du mode « combat » au mode « réparation ». C’est laisser les muscles gorgés de déchets métaboliques et maintenir un état de tension qui favorise les courbatures, les raideurs et, à terme, les blessures.
Le retour au calme n’est pas un luxe, c’est une phase essentielle du processus de régénération. Il a plusieurs objectifs : faire redescendre progressivement le rythme cardiaque, relancer la circulation sanguine pour « nettoyer » les toxines accumulées dans les muscles, et redonner de la longueur aux fibres musculaires qui se sont contractées pendant l’effort. Négliger cette phase, c’est comme couper le moteur d’une voiture de course en pleine accélération. Le choc est brutal et accélère l’usure de la machine.
La récupération est une composante à part entière de la performance. Des études ont même quantifié l’impact du repos : un risque de blessure augmenté de 30% a été observé chez les sportifs dormant moins de six heures par nuit. Le retour au calme est la première étape de cette récupération nocturne. Une routine simple de 10 à 15 minutes peut diviser par deux les douleurs post-match et préparer le corps pour la séance suivante. C’est un investissement minime pour un retour sur investissement énorme en termes de bien-être et de prévention.
Voici une routine de récupération simple et efficace à mettre en place immédiatement après chaque partie :
- Récupération active (5-10 minutes) : La meilleure chose à faire est de ne pas s’arrêter brutalement. Une marche légère autour des courts ou quelques minutes de vélo stationnaire à très faible intensité permettent de maintenir une bonne circulation et d’initier l’élimination de l’acide lactique.
- Auto-massages (5-10 minutes) : À l’aide d’un rouleau de massage ou d’une balle, insistez sur les zones les plus sollicitées : les mollets, les ischio-jambiers, les quadriceps, les fessiers et les grands dorsaux. Cela permet de « casser » les micro-adhérences et de détendre les fascias.
- Étirements passifs longs (5 minutes) : Contrairement à l’échauffement, les étirements post-effort doivent être lents, longs (maintenir chaque position 30 à 45 secondes sans à-coups) et focalisés sur la sensation d’allongement et non de douleur. Ciblez les épaules, les avant-bras, les pectoraux et les jambes.
Quand consulter : douleur musculaire courbaturelle vs douleur pathologique
L’une des compétences les plus importantes à développer pour le sportif vétéran est de savoir interpréter les signaux de son corps. Toutes les douleurs ne se valent pas. Il est crucial de faire la distinction entre une douleur courbaturelle, qui est un signe normal d’adaptation musculaire, et une douleur pathologique, qui signale une lésion et nécessite une attention médicale. Ignorer cette différence peut transformer un petit pépin en blessure chronique.
La courbature (ou DOMS, Delayed Onset Muscle Soreness) est une douleur musculaire diffuse, qui apparaît généralement 24 à 48 heures après un effort inhabituel ou intense. Elle est due à des micro-déchirures des fibres musculaires. C’est une douleur « saine » : le muscle se reconstruit plus fort. Elle ne limite généralement pas les mouvements de la vie quotidienne et s’estompe en quelques jours.
La douleur pathologique est différente. Elle peut être aiguë, comme un « pic à glace » (typique d’une tendinite) ou une sensation de déchirure soudaine (lésion musculaire). Elle peut aussi être sourde et persistante. Contrairement à la courbature, elle est souvent localisée près d’une articulation et peut être déclenchée ou aggravée par un mouvement spécifique. Si une douleur vous empêche d’effectuer un geste simple comme lever le bras ou plier complètement le genou, ce n’est plus une simple courbature.
Cette illustration met en lumière la zone critique du coude, où les tendons s’insèrent et où la douleur d’une épicondylite se manifeste de manière très précise, bien loin de la douleur diffuse d’une courbature de l’avant-bras.

La règle d’or est simple : une douleur qui s’installe, qui ne disparaît pas avec un repos modéré ou qui s’intensifie, n’est pas normale. Utiliser la « règle des 48 heures » est un bon moyen de faire le tri. Si la douleur ne montre aucune amélioration après deux jours de repos relatif, il est temps de décrocher son téléphone et de consulter un médecin du sport ou un kinésithérapeute. Tenter de « jouer par-dessus la douleur » est la pire stratégie possible.
Checklist d’auto-évaluation : courbature ou blessure ?
- Le timing de la douleur : Est-elle apparue 24-48h après l’effort (probable courbature) ou immédiatement pendant un geste (probable lésion) ?
- La nature de la douleur : Est-elle diffuse sur un large muscle (courbature) ou aiguë et localisée comme un pic près d’une articulation (tendinite) ?
- L’impact sur le mouvement : Pouvez-vous effectuer tous vos mouvements quotidiens sans douleur aiguë (courbature) ou un geste simple est-il bloqué (blessure) ?
- L’évolution sur 48h : La douleur a-t-elle diminué ou au moins stagné après 48h de repos (courbature) ou s’est-elle aggravée (blessure) ?
- La sensation : Avez-vous ressenti une sensation de claquage ou de déchirure soudaine pendant l’effort ? Si oui, consultation immédiate.
Comment doser la reprise : du mur au court entier en 4 semaines
Après une blessure ou une longue pause, l’enthousiasme de retrouver les courts est immense, mais c’est aussi le moment le plus risqué. Une reprise trop brutale est la cause numéro un des rechutes. Le corps, et en particulier les tendons et les muscles, ont besoin d’une réadaptation progressive. Il faut leur laisser le temps de reconstruire leur tolérance à la charge. L’idée est de suivre un plan structuré qui augmente graduellement l’intensité, la durée et la complexité des mouvements.
Le maître-mot est la progressivité. On ne passe pas de zéro à un match en trois sets. La reprise doit se faire par étapes, en commençant par des exercices à faible impact et sans contrainte pour réveiller la proprioception et la technique, avant de réintroduire la puissance et les déplacements. Le mur d’entraînement est votre meilleur allié dans la première phase. Il permet de retrouver le rythme et le contact balle-raquette sans aucune pression de jeu ni déplacement intense.
L’écoute de son corps, ici, prend tout son sens. Chaque étape doit être validée sans douleur avant de passer à la suivante. Si une douleur réapparaît, ce n’est pas un échec, mais un signal qu’il faut revenir à l’étape précédente pour quelques jours. Voici un exemple de programme de reprise sur quatre semaines, qui peut bien sûr être adapté en fonction de la nature de la blessure et des sensations de chacun :
- Semaine 1 : Le mur et la technique. Concentrez-vous sur des séances courtes (20-30 minutes) face au mur. L’objectif est la régularité et la pureté du geste, sans chercher la moindre puissance. Travaillez en coup droit et en revers, en sentant la décomposition du mouvement.
- Semaine 2 : Le fond de court sans déplacement. Passez sur le terrain avec un partenaire. Échangez des balles en restant sur la ligne de fond de court, sans déplacements latéraux. La durée peut augmenter (30-45 minutes) et l’intensité doit rester modérée (pas plus de 6/10 sur une échelle de perception de l’effort).
- Semaine 3 : Introduction des déplacements. Intégrez des gammes avec des déplacements latéraux contrôlés et des points dirigés (ex: jouer uniquement dans la diagonale). La durée passe à 45-60 minutes. C’est l’étape où l’on teste la réaction des articulations aux changements de direction.
- Semaine 4 : Le jeu libre. Réintroduisez les points libres, les jeux au service et finalement, des sets d’entraînement. La durée peut redevenir normale, mais restez attentif aux premiers signes de fatigue ou de douleur.
Cette approche progressive est la seule garante d’un retour durable. Comme le dit Fabien Vol, entraîneur et joueur de haut niveau chez les vétérans, dans une interview à la Fédération Française de Tennis, la motivation et l’entretien physique permettent de continuer à progresser même après 40 ans.
Pourquoi serrer trop fort votre raquette réduit votre vitesse de frappe ?
Voici un paradoxe que beaucoup de joueurs ignorent : en voulant contrôler la balle et générer de la puissance, ils serrent leur manche si fort qu’ils obtiennent l’effet inverse. Une crispation excessive du grip est l’un des freins les plus courants à la fluidité du geste et, par conséquent, à la vitesse de la tête de raquette. C’est un réflexe qui semble logique – plus on tient fermement, mieux on contrôle – mais qui est biomécaniquement contre-productif.
La puissance au tennis ne vient pas de la force brute du bras, mais d’une chaîne cinétique bien orchestrée. L’énergie est générée par les jambes, transférée par la rotation du tronc et des hanches, amplifiée par l’épaule, et finalement libérée par le relâchement du bras et du poignet, qui agissent comme l’extrémité d’un fouet. Si vous serrez trop fort votre raquette, vous créez un « verrou » au niveau de l’avant-bras et du poignet. Ce verrou bloque le transfert d’énergie final. Le poignet ne peut plus jouer son rôle de levier et l’effet « catapulte » est perdu. Vous vous retrouvez à « pousser » la balle avec le bras au lieu de la « fouetter ».
Cette crispation a un double coût : non seulement vous perdez en vitesse de balle, mais vous augmentez considérablement la tension sur les muscles et les tendons de l’avant-bras, ce qui nous ramène directement à la cause du tennis elbow. Apprendre à relâcher le grip est donc essentiel pour la performance et la prévention.
Une excellente analogie est celle du tube de dentifrice. Imaginez que vous tenez un tube de dentifrice presque vide. Vous devez le tenir assez fermement pour qu’il ne vous échappe pas, mais sans la moindre intention d’en faire sortir la pâte. C’est exactement le niveau de pression que vous devriez appliquer sur votre grip la majorité du temps. La pression ne doit augmenter que très brièvement au moment de l’impact avec la balle. Ce relâchement permet au poignet de rester souple et de maximiser l’effet de fouet, libérant ainsi la vitesse de tête de raquette que votre corps a générée.
Les points essentiels à retenir
- Les douleurs du tennisman vétéran sont rarement dues à l’âge seul, mais à des déséquilibres biomécaniques (matériel, asymétrie) qui peuvent être corrigés.
- La prévention active, via des routines de renforcement (côté non-dominant, coiffe des rotateurs) et de récupération (retour au calme), est plus efficace que le repos passif.
- Apprendre à décoder les signaux de son corps (différence courbature/blessure) et à adapter sa pratique (surface, progressivité) est la clé pour jouer plus longtemps sans se blesser.
Routine prophylactique : 10 minutes par jour pour éviter l’épaule du tennisman
L’épaule est l’une des articulations les plus complexes et les plus sollicitées au tennis, en particulier au service. La « coiffe des rotateurs », un ensemble de quatre petits muscles profonds, est chargée de stabiliser la tête de l’humérus dans son logement. Chez le joueur de tennis, ces muscles sont soumis à des contraintes énormes, et leur faiblesse ou leur déséquilibre est la principale cause des tendinites et des blessures à l’épaule. Mettre en place une routine de prophylaxie active est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour protéger cette articulation si précieuse.
Cette routine ne demande pas des heures en salle de musculation. Dix minutes par jour, ou au moins trois à quatre fois par semaine, suffisent pour maintenir la force, la stabilité et la santé de votre coiffe des rotateurs. L’outil idéal pour cela est une simple bande élastique de résistance. C’est un investissement minime – un set d’élastiques de qualité coûte généralement moins de 30 CHF dans les magasins de sport suisses comme SportXX ou Ochsner Sport – pour un bénéfice maximal.
Les exercices doivent être réalisés lentement, en se concentrant sur la qualité du mouvement et la contraction des muscles ciblés, et non sur la vitesse ou la résistance. L’objectif n’est pas l’hypertrophie, mais l’endurance et le contrôle neuromusculaire. Voici trois exercices fondamentaux, recommandés par l’Institut de Recherche du Bien-être, de la Médecine et du Sport Santé (IRBMS), à intégrer dans votre quotidien :
- Rotations externes : Tenez l’élastique à deux mains, les coudes collés au corps et pliés à 90 degrés. En gardant un coude fixe contre votre flanc, effectuez une rotation de l’avant-bras vers l’extérieur. Contrôlez le retour. Faites 3 séries de 15 répétitions de chaque côté.
- Face pulls : Attachez l’élastique à un point fixe à hauteur de poitrine. Saisissez-le à deux mains et tirez-le vers votre visage en écartant les coudes et en cherchant à rapprocher vos omoplates. C’est un excellent exercice pour les muscles du haut du dos qui stabilisent les épaules. Visez 3 séries de 12 répétitions.
- Rétractions scapulaires : Tenez l’élastique devant vous, bras tendus à hauteur d’épaules. Écartez les bras horizontalement en vous concentrant uniquement sur le mouvement de vos omoplates qui se serrent l’une contre l’autre. Faites 3 séries de 20 petites répétitions.
En adoptant cette approche globale et intelligente – du choix de votre matériel à votre routine quotidienne de 10 minutes – vous ne faites pas que prévenir les blessures. Vous transformez votre relation avec votre sport, en passant d’une lutte contre le temps à une collaboration avec votre corps. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à analyser lucidement vos propres habitudes et votre équipement afin d’identifier les ajustements prioritaires pour votre jeu.