Joueur de tennis en phase de réathlétisation sur un court intérieur, travaillant son jeu de jambes
Publié le 15 mars 2024

Revenir au tennis après une entorse n’est pas une question de temps, mais de confiance. La clé n’est pas seulement de renforcer votre cheville, mais de reprogrammer la connexion entre votre cerveau et votre pied.

  • La peur de l’appui (kinésiophobie) est un réflexe cérébral qui doit être activement désactivé par un travail proprioceptif ciblé.
  • Modifier son geste pour « protéger » sa cheville est un piège qui déplace le risque de blessure vers le genou, la hanche ou même le coude.

Recommandation : Validez votre retour au jeu par des tests physiques objectifs (comme ceux de Swiss Olympic) plutôt que de vous fier uniquement à l’absence de douleur.

La douleur s’est estompée. Le gonflement a disparu. Votre médecin ou physiothérapeute vous a donné un premier feu vert. Pourtant, sur le court, quelque chose cloche. Cette course vers l’amortie, ce décalage coup droit, cet appui brutal après un service… une appréhension vous paralyse. La peur de la récidive, de sentir à nouveau cette torsion fulgurante, est plus forte que l’envie de jouer. Vous n’êtes pas seul. Cette sensation, la kinésiophobie, est l’obstacle majeur que rencontre tout joueur de tennis après une entorse de cheville.

Les conseils habituels se résument souvent à « reprendre progressivement » ou « écouter son corps ». Mais que faire quand votre corps, ou plutôt votre cerveau, crie au danger au moindre déplacement latéral ? On parle de renforcement, d’équilibre, mais on oublie l’essentiel. La blessure n’a pas seulement endommagé un ligament ; elle a créé une rupture de confiance entre votre cerveau et votre cheville. Votre système nerveux est en état d’alerte, protégeant une zone qu’il perçoit encore comme vulnérable, même après la guérison physique.

Et si la véritable clé pour revenir plus fort n’était pas de simplement muscler, mais de rééduquer ? Si le secret résidait dans la reprogrammation de ce dialogue neuro-musculaire pour restaurer l’instinct de l’appui ? Cet article n’est pas une simple liste d’exercices. C’est un protocole stratégique, conçu par un préparateur physique, pour vous guider pas à pas. Nous allons d’abord établir un calendrier de reprise réaliste, puis nous attaquerons de front à la peur de l’appui en comprenant ses mécanismes. Nous verrons ensuite comment choisir le bon équipement, éviter les erreurs de compensation qui mènent à d’autres blessures, et enfin, comment valider objectivement votre aptitude à reprendre la compétition en toute sécurité.

Pour naviguer efficacement à travers les étapes de votre retour au jeu, ce guide est structuré de manière progressive. Chaque section aborde un aspect crucial de la réathlétisation, vous permettant de construire une base solide pour un retour durable et performant.

Comment doser la reprise : du mur au court entier en 4 semaines

La première règle d’or pour un retour réussi est la patience structurée. « Reprendre progressivement » ne veut rien dire sans un plan concret. L’objectif n’est pas de rejouer le plus vite possible, mais de reconstruire les fondations pour jouer durablement. Les délais de reprise varient grandement selon la sévérité de la blessure. Pour vous donner un ordre d’idée, il faut compter de 1 à 3 semaines pour une entorse bénigne et jusqu’à 3 mois pour une entorse grave avant d’envisager un retour au sport à pleine intensité. Le tennis, avec ses changements de direction brutaux, se situe dans la fourchette haute de ces estimations.

Voici un programme de reprise sur quatre semaines, inspiré des protocoles de rééducation sportive. Chaque étape doit être validée sans douleur ni appréhension avant de passer à la suivante. Si une douleur apparaît, revenez à l’étape précédente pendant quelques jours.

  1. Semaine 1 : Réveil articulaire et contact balle. L’objectif est de marcher normalement et de reprendre contact avec la raquette. Limitez-vous à 15-20 minutes de frappes au mur, sans déplacement, en vous concentrant sur le geste et les sensations. Le travail se fait en parallèle de la physiothérapie, avec des exercices d’équilibre sur une surface stable (proprioception statique).
  2. Semaine 2 : Introduction du mouvement linéaire. Vous pouvez commencer la course en ligne droite, idéalement sur une surface souple comme un tapis de course. Sur le court, passez au mini-tennis dans les carrés de service. Les déplacements sont courts et contrôlés. Le renforcement se poursuit avec des exercices utilisant des bandes élastiques pour solliciter la cheville dans différents axes.
  3. Semaine 3 : Augmentation de l’amplitude. La course peut maintenant inclure des changements de direction larges et progressifs. Sur le terrain, jouez sur un 3/4 de court, en travaillant les diagonales. C’est le moment d’introduire des sauts contrôlés sur place (corde à sauter, petits sauts pieds joints) pour réhabituer la cheville à l’impact.
  4. Semaine 4 : Vers l’intensité du match. Vous pouvez reprendre le jeu sur court entier, mais en modulant l’intensité. Intégrez des sprints courts avec arrêts nets et des exercices pliométriques plus dynamiques (sauts sur une jambe, déplacements latéraux rapides). Le jeu en points peut reprendre, mais initialement sans chercher à jouer « à 100% ».

Ce protocole est une feuille de route. La vitesse de progression est individuelle et doit être supervisée par un professionnel de la santé (médecin du sport ou physiothérapeute), surtout en Suisse où l’accès à des spécialistes de qualité est facilité.

Comment vaincre la peur de l’appui traumatisant après une blessure ?

Si votre cheville est physiquement guérie mais que la peur persiste, c’est que le problème n’est plus ligamentaire, mais neurologique. L’entorse a endommagé de minuscules capteurs, les mécanorécepteurs, qui informent en temps réel votre cerveau de la position de votre cheville dans l’espace. Le cerveau, privé d’informations fiables, déclenche une alarme : la peur. Il contracte les muscles par anticipation pour éviter un mouvement qu’il juge risqué. C’est la kinésiophobie.

La solution n’est pas de « se forcer » à ne plus avoir peur, mais de prouver à votre cerveau qu’il peut à nouveau faire confiance à votre cheville. C’est le rôle de la proprioception. Il s’agit de rééduquer ce système de communication. Comme le souligne l’Institut Training Thérapie, une lésion de ces mécanorécepteurs diminue le contrôle du mouvement et peut rendre le problème chronique. Le but est donc de recréer un signal clair et fiable entre le pied et le cerveau.

Le travail proprioceptif consiste à placer votre cheville dans des situations d’instabilité contrôlée et croissante pour forcer le cerveau à réapprendre à réagir vite et bien. Loin d’être une simple « gymnastique de cheville », c’est une véritable reprogrammation neuro-cognitive.

Athlète travaillant l'équilibre sur plateau instable en salle de kinésithérapie

Comme le montre l’image, l’utilisation de surfaces instables (plateau, Bosu, coussin d’équilibre) est fondamentale. Commencez par tenir l’équilibre sur un pied, d’abord les yeux ouverts, puis fermés pour augmenter la difficulté. Intégrez ensuite des mouvements parasites : faites des passes avec un ballon, bougez les bras, tournez la tête. Chaque exercice réussi envoie un message positif à votre cerveau : « Tu vois, l’appui est stable, tu peux relâcher la garde ». Progressivement, vous passerez à des exercices dynamiques qui miment les déplacements du tennis, comme des fentes sur Bosu ou des petits sauts avec réception stabilisée.

Chevillère rigide ou strap souple : que choisir pour la reprise du tennis ?

Le choix d’un maintien externe est une question fréquente et pertinente lors de la reprise. Il ne s’agit pas d’une « béquille » à vie, mais d’un partenaire de transition qui a un double rôle : sécuriser mécaniquement l’articulation et, surtout, rassurer votre cerveau. Le simple fait de se sentir « tenu » peut suffire à diminuer l’appréhension et à libérer le mouvement. Les deux options principales sont la chevillère rigide et le strapping (ou bande adhésive souple).

La chevillère rigide (ou semi-rigide) offre un maintien maximal, limitant principalement les mouvements de torsion (inversion/éversion) responsables des entorses. Elle est souvent recommandée dans les premières semaines de reprise, surtout sur des surfaces rapides et exigeantes comme le dur. Son inconvénient est une légère restriction de la flexion-extension (dorsiflexion), qui peut être gênante sur les démarrages ou les fentes basses.

Le strap souple, quant à lui, offre une plus grande liberté de mouvement tout en fournissant un bon rappel proprioceptif. La tension de la bande sur la peau stimule les capteurs et améliore la conscience de la position de la cheville. C’est une excellente option pour la phase de transition, une fois que la confiance commence à revenir, ou pour les joueurs évoluant sur terre battue, surface qui autorise plus de glissades et requiert plus de finesse dans les appuis.

Le tableau suivant, adapté aux réalités du marché suisse, résume les points clés pour vous aider à décider.

Comparaison chevillère vs strap pour la reprise du tennis
Critère Chevillère rigide Strap souple Recommandation tennis
Niveau de maintien Élevé (++) Modéré (+) Terre battue: strap / Dur: chevillère
Liberté de mouvement Limitée Bonne Privilégier strap après 4 semaines
Durée d’utilisation 3-6 semaines 6-12 semaines Transition progressive recommandée
Prix moyen Suisse 80-150 CHF 30-60 CHF Remboursement possible si prescrit

Idéalement, la stratégie est évolutive : commencer avec une chevillère semi-rigide pour les premières sessions intenses, puis passer progressivement au strap lorsque vous gagnez en confiance et en force, avant de viser à jouer sans aucune aide. Une attelle ou un strap ne remplace jamais un bon renforcement musculaire et un travail proprioceptif assidu. C’est un outil, pas une solution.

L’erreur de modifier son geste pour éviter la douleur (et se blesser ailleurs)

C’est peut-être le piège le plus insidieux de la reprise. Par peur de solliciter l’appui traumatisant, votre cerveau, de manière inconsciente, va mettre en place une stratégie d’évitement. Vous allez modifier votre façon de courir, de vous placer, de frapper. Cette « compensation silencieuse » vous donne l’impression de protéger votre cheville, mais en réalité, elle ne fait que déplacer le stress mécanique vers d’autres articulations qui ne sont pas préparées à cette surcharge. Les statistiques montrent que 15% des blessures sportives sont des entorses de cheville, et ce chiffre est plus élevé dans les sports à pivot comme le tennis, où les compensations peuvent avoir des effets en cascade.

Par exemple, pour éviter une fente basse sur le revers, vous allez moins fléchir la jambe blessée et compenser par une plus grande flexion du tronc et une sur-sollicitation de l’épaule. Pour éviter un freinage brusque sur une montée au filet, vous allez faire des pas plus petits et plus nombreux, ce qui stresse anormalement le genou et la hanche. Résultat : quelques semaines ou mois plus tard, une douleur apparaît au genou, une tendinite au tendon d’Achille de l’autre jambe, ou même un tennis elbow, sans que vous ne fassiez le lien avec votre ancienne entorse.

Vue macro détaillée d'une cheville de tennisman montrant les zones de stress biomécanique

Le travail de réathlétisation doit donc avoir pour but non pas d’apprendre à jouer « différemment », mais de restaurer votre schéma moteur originel. Filmez-vous en train de jouer avant et après la blessure. Analysez vos déplacements, la hauteur de votre centre de gravité, l’engagement de vos hanches. L’objectif est de retrouver une symétrie parfaite dans vos mouvements. Si vous sentez que vous « esquivez » un mouvement, c’est que votre rééducation proprioceptive n’est pas terminée. Il faut retourner à l’étape précédente et travailler spécifiquement ce mouvement en situation contrôlée jusqu’à ce que l’appréhension disparaisse.

Ne laissez pas votre cerveau vous berner. Une reprise réussie n’est pas une reprise sans douleur, mais une reprise avec des mouvements justes et équilibrés. La douleur est un signal, mais la compensation est une bombe à retardement.

Quels tests physiques valider avant de s’inscrire à nouveau en tournoi ?

Se sentir « bien » est subjectif. L’absence de douleur au repos n’est pas un indicateur fiable de la capacité de votre cheville à supporter les contraintes d’un match de compétition. Pour passer de la réathlétisation à la compétition, il faut des preuves objectives. Des études sur le retour au sport post-entorse montrent que de nombreux athlètes, bien que revenant rapidement au jeu, conservent des déficits fonctionnels (laxité, manque d’équilibre) qui augmentent drastiquement le risque de récidive. La recommandation est claire : un score d’au moins 90% sur les tests fonctionnels par rapport au côté sain est requis.

En Suisse, les centres « Swiss Olympic Medical Center » utilisent des batteries de tests standardisés pour valider le retour au sport. S’en inspirer est un excellent moyen de s’auto-évaluer de manière rigoureuse. Le but est de comparer la performance de votre cheville blessée à celle de votre cheville saine. L’écart doit être minime.

Un de ces tests de référence est le « Y Balance Test ». Comme l’explique Walter Learning dans ses formations en kinésithérapie, le Y Balance Test est une référence dans le domaine du travail proprioceptif, permettant de mesurer objectivement un déficit d’équilibre et de portée de la jambe.

Checklist de validation avant le retour en compétition

  1. Y Balance Test : En équilibre sur une jambe, poussez un objet le plus loin possible avec l’autre pied dans 3 directions (avant, arrière-interne, arrière-externe). Votre score total (somme des 3 distances) doit atteindre au moins 90% du score de votre jambe saine.
  2. Single Leg Hop Test (Saut sur une jambe) : Faites un saut en longueur sur une seule jambe. La distance atteinte avec la jambe anciennement blessée doit représenter au moins 95% de la distance atteinte avec la jambe saine.
  3. Side Hop Test (Sauts latéraux) : Sautez latéralement d’un côté à l’autre de deux lignes espacées de 30 cm, sur une seule jambe. Effectuez le maximum de sauts en 30 secondes. Le score doit être quasi identique pour les deux jambes.
  4. Test de proprioception yeux fermés : Tenez en équilibre sur la jambe blessée, yeux fermés, sur une surface stable. Vous devez pouvoir tenir 30 secondes sans perdre l’équilibre de manière significative.
  5. Test spécifique tennis : Demandez à un partenaire de vous envoyer 10 balles (5 coups droits, 5 revers) qui vous forcent à un déplacement latéral rapide avec freinage et replacement. L’exercice doit être réalisé sans aucune appréhension ni douleur.

Ces tests ne sont pas une simple formalité. Ils sont le dernier rempart avant un retour sécurisé. Un échec sur l’un d’eux signifie que le travail n’est pas terminé. C’est un signal clair qu’une faiblesse résiduelle existe et qu’il faut continuer le renforcement ou la proprioception de manière ciblée.

Pourquoi le tennis elbow est souvent dû à votre matériel et non à votre geste ?

Le tennis elbow, ou épicondylite latérale, est cette douleur tenace sur la face externe du coude. On l’attribue souvent à un mauvais geste en revers. Si cela peut être vrai, il est aussi fréquemment le symptôme d’un problème situé ailleurs. Après une entorse de cheville, le lien est plus courant qu’on ne le pense. Une réathlétisation incomplète de la cheville entraîne une économie sur le jeu de jambes. Vous vous placez moins bien, vous êtes moins fléchi, et le centre de gravité est trop haut au moment de la frappe.

Pour compenser ce déficit de puissance venant des jambes et de la rotation du tronc, que faites-vous inconsciemment ? Vous « forcez » avec le bras. Le poignet se crispe, le bras tente de générer la vitesse que les jambes ne fournissent plus. Cette sur-sollicitation chronique des muscles extenseurs de l’avant-bras met une tension anormale sur leur insertion au niveau du coude. C’est le début du tennis elbow.

Le matériel peut alors devenir un facteur aggravant. Une raquette trop rigide ou un cordage trop tendu, qui pardonnaient moins les erreurs de centrage, vont transmettre davantage de vibrations au bras. Si votre technique est déjà dégradée par une compensation, l’effet est démultiplié. Changer de raquette ou baisser la tension du cordage peut soulager les symptômes, mais cela ne traite pas la cause première : un déficit dans la chaîne cinétique qui part de vos appuis. Avant de blâmer votre matériel, posez-vous la question : « Mes jambes font-elles leur part du travail ? ». Si la réponse est non, votre coude ne fait que payer la facture d’une cheville encore faible ou d’une proprioception défaillante.

Cryothérapie ou sauna : que choisir selon le type de fatigue musculaire ?

La période de réathlétisation est exigeante. Vous sollicitez des muscles et des schémas moteurs différemment, ce qui peut engendrer de la fatigue et des courbatures. La gestion de la récupération devient alors un pilier de votre progression. Deux outils populaires mais opposés sont la cryothérapie (le froid) et le sauna (le chaud). Leur utilisation doit être ciblée selon le type de fatigue.

La cryothérapie (bain froid, poche de glace) est votre alliée juste après une séance intense, surtout si vous avez ressenti une légère sensibilité ou un début d’inflammation au niveau de la cheville. Le froid a un puissant effet vasoconstricteur (il resserre les vaisseaux sanguins) et antalgique. Il permet de :

  • Limiter les micro-hémorragies et les œdèmes post-effort.
  • Ralentir le métabolisme cellulaire, réduisant ainsi la réaction inflammatoire.
  • Anesthésier les terminaisons nerveuses, diminuant la sensation de douleur.

Utilisez-la localement sur la cheville pendant 15-20 minutes après une session sur le court ou des exercices de pliométrie.

Le sauna ou le bain chaud, à l’inverse, est à privilégier les jours de repos ou à distance des entraînements. La chaleur a un effet vasodilatateur (elle dilate les vaisseaux sanguins). Elle est idéale pour une fatigue musculaire plus générale, des raideurs ou des courbatures diffuses. Ses bénéfices sont :

  • Augmenter le flux sanguin vers les muscles, ce qui favorise l’apport en nutriments et l’élimination des déchets métaboliques.
  • Détendre les fibres musculaires et améliorer l’élasticité des tissus.
  • Procurer une relaxation générale, bénéfique pour le système nerveux.

Attention, n’appliquez jamais de chaleur sur une articulation qui présente des signes d’inflammation aiguë (gonflement, rougeur, chaleur), car cela pourrait aggraver la situation. En bref : le froid pour traiter la douleur et l’inflammation post-séance, le chaud pour la détente et la récupération musculaire globale.

À retenir

  • La reprise du tennis post-entorse est un processus neuro-musculaire : il faut rééduquer la confiance du cerveau autant que la force de la cheville.
  • La peur de l’appui (kinésiophobie) se combat activement avec des exercices de proprioception sur des surfaces instables.
  • Validez votre retour par des tests fonctionnels objectifs (viser 90-95% des capacités du côté sain) plutôt que par le seul ressenti.

Routine prophylactique : 10 minutes par jour pour éviter l’épaule du tennisman

La réathlétisation de votre cheville vous a fait prendre conscience d’une chose : le corps est une chaîne. Une faiblesse à un endroit se paie ailleurs. Maintenant que vos appuis sont solides, il est temps d’adopter une vision à long terme : la prophylaxie, ou l’art de prévenir les blessures avant qu’elles n’arrivent. L’épaule du tennisman, tout comme le tennis elbow, est souvent la conséquence d’un déficit de puissance venant du bas du corps. Pour éviter de sur-solliciter votre bras, une routine de 10 minutes axée sur la coiffe des rotateurs est un investissement inestimable.

Cette routine, à faire 3 à 4 fois par semaine en échauffement ou les jours de repos, vise à renforcer les petits muscles stabilisateurs de l’épaule, garants de sa bonne santé. Elle ne requiert qu’une bande élastique de faible résistance.

  1. Rotations externes (L-fly) : Debout, coude collé au corps et fléchi à 90 degrés, tenez l’élastique. Écartez l’avant-bras vers l’extérieur en gardant le coude fixe. Contrôlez le retour. (2 séries de 15 répétitions par bras).
  2. Rotations internes : Même position de départ, mais l’élastique est fixé à l’extérieur. Ramenez l’avant-bras vers votre ventre. (2 séries de 15 répétitions par bras).
  3. Abduction à 30 degrés (Full Can) : Tenez-vous sur l’élastique. Levez le bras tendu devant vous à 30 degrés sur le côté (dans le plan de l’omoplate), pouce vers le haut, jusqu’à hauteur des yeux. (2 séries de 12 répétitions par bras).
  4. Étirement du « Sleeper Stretch » : Allongé sur le côté, bras inférieur tendu devant vous et coude fléchi à 90 degrés. Avec l’autre main, poussez doucement l’avant-bras vers le sol pour étirer l’arrière de l’épaule. Maintenez 30 secondes.

Cette routine simple stabilise l’articulation de l’épaule, lui permettant de mieux supporter les contraintes du service et des frappes puissantes, tout en s’assurant que la puissance générée par vos jambes désormais solides soit transmise efficacement et sans danger.

Intégrer cette routine est la dernière étape pour transformer votre rééducation en une véritable stratégie de prévention à long terme.

Vous avez maintenant toutes les cartes en main pour transformer cette épreuve en une opportunité. L’opportunité de mieux comprendre votre corps, de corriger des faiblesses latentes et, finalement, de revenir sur le court non pas comme avant, mais en mieux. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à établir votre propre planning et à commencer le travail dès aujourd’hui.

Rédigé par Sébastien Favre, Physiothérapeute du sport et ostéopathe D.O. basé à Lausanne, spécialiste de la prévention des blessures et de la réathlétisation pour les golfeurs et tennismen. Expert en chaînes musculaires et nutrition sportive.